Deuxième partie -:- Une orientation astronomique
Le plus ancien zodiaque est mégalithique. Il se compose de menhirs, cromlech et dolmen (allée couverte), savamment disposées dans l’arrière-pays du Mont-Saint-Michel.

Quelle est la signification de cette singulière division en 6 ? Celle-ci nous rappelle tout d’abord le chapitre de conclusion de l’ouvrage majeur de G. Le Scouëzec : « Bretagne Mégalithique ».


 Web Astrologie   Chapitre II - Le sens symbolique des mesures

mégalithes  G. Le Scouëzec se livre à une analyse approfondie de 18 haches du dolmen de Gavrinis, réparties en quatre groupe de 3,4,5 et 6 unités. Le produit 3X4X5X6 égale 360. Si le triangle pythagoricien 3-4-5 est bien connu au néolithique, ce que de nombreux indices laissent effectivement supposer, 6 serait la base d’un système de numération dont les traces se perpétuent jusque dans la langue bretonne. Son origine se perd, elle, dans la nuit des temps.


1 •    De la division par six à la division en douze : un proto-zodiaque


mégalithes  Revenons à notre image d’un parcours solaire allant symboliquement de Tressé au Mont-Saint-Michel, du solstice d’hiver au solstice d’été. La division en 6 de cet axe induit une année de 12 « mois », deux fois 6 entre les deux extrêmes que sont les solstices.  Il est alors tentant de voir là un proto-zodiaque, l’ancêtre des douze signes chers à nos astrologues. Avant de poursuivre notre exploration, la vocation astronomique des mégalithes est-elle crédible ? L’hypothèse n’est pas neuve : au début du XX° siècle, le capitaine de frégate Alfred Devoir montre que les files principales de menhirs sont fréquemment orientées, en Bretagne, selon les levers de Soleil aux solstices et aux équinoxes.

mégalithes  Plus tard, un ingénieur écossais, Alexander Thom, étudie les sites de Carnac et Locmariaquer, développant une théorie selon laquelle les ensembles mégalithiques sont des observatoires destinés à suivre les mouvements du Soleil et de la Lune. Ainsi, le Grand Menhir de Locmariaquer devient le point de mire d’un système permettant de prévoir les éclipses. S’il est vrai que les déclinaisons lunaires atteignent, comme en 2006, leur maxima tous les 18,6 ans (à Carnac, les levers et couchers de la Lune font alors un angle de 45° avec l’est) et que ce cycle, dit de Samos, est lié aux éclipses, nous pensons qu’il est pour autant absolument impossible de prévoir une éclipse visible à Carnac, fut-elle de Lune, sur la base de l’observation du terrain. Mais c’est là un vaste sujet !

mégalithes  Quoiqu’il en soit, la fonction astronomique de certains groupes mégalithiques est évidente. Ainsi, près d’Evora au Portugal, le grand menhir d’Almendres, isolé, est placé de telle sorte qu’il indique, vu du célèbre cromlech du même nom, la direction du lever de Soleil au solstice d’été. Nous sommes là dans le berceau du mégalithisme atlantique, né au cinquième millénaire avant Jésus-Christ. Le plus souvent, les dolmens sont ouverts au sud-est, la chambre étant orientée vers le nord-ouest. Ainsi, le célèbre tumulus de Newgrange  (vers 3200 avant J.C.)  a la stricte orientation du lever de Soleil au solstice d’hiver : le 21 décembre, les rayons du Soleil levant viennent frapper le fond de l’allée couverte. Le même phénomène se produit à Gavrinis (nous avons eu le loisir de l’observer il y a une vingtaine d’années) ainsi qu’à la Roche aux Fées au sud de Rennes.

mégalithes  L’allée couverte de Tressé, point de départ de notre axe à 32°, n’échappe pas à la règle avec son orientation Sud-Est/Nord-Ouest. La symbolique du solstice d’hiver se confirme ici pleinement. A l’est du dispositif, le Mont-Saint-Michel représente très bien le rayonnement solaire de l’été. Mais dans le cadre d’une division en douze de l’année, quel rôle jouent les deux menhirs dressés sur cet axe ? Pour répondre à cette question, il nous faut nommer les douze « mois » pris en compte à partir du solstice d’hiver. Par convention, nous retiendrons le découpage moderne adoptés en astrologie : les douze signes du zodiaque saisonnier, le Capricorne ouvrant le bal au solstice d’hiver tandis que le Cancer voit, au solstice d’été, la croissance des jours devenir décroissance jusqu’au prochain solstice. L’entrée du Soleil en Bélier (les astronomes disent le passage au point vernal) ou en Balance correspond à une période de l’année ou jour et nuit ont sensiblement la même durée (équinoxes). Si le zodiaque est probablement inconnu des peuples néolithiques, du moins sur la côte atlantique, son langage convient parfaitement à la description d’un processus annuel en 12 temps.

mégalithes  Ainsi, la Maison des Fées symbolise le solstice d’hiver, le menhir de la Pierre du Domaine, au 1/6ème de la course, l’entrée du Soleil dans le signe du Verseau ; au 2/3 du parcours, la Roche Longue à Saint-Marcan est liée au Taureau, signe de renouveau au printemps. Le Mont-Saint-Michel tient lieu de solstice d’été, tandis que le processus s’inverse mais va suivre la même logique : le retour progressif vers Tressé est balisé d’abord par l’entrée du Soleil en Lion au 1/6ème de la course, puis par le passage en Scorpion (symboliquement la mort de la nature au cœur de l’automne, processus opposé à celui du Taureau) au 2/3 du parcours. Nous avons donc 6 temps forts dans l’année : les deux solstices et le passage du Soleil dans les quatre signes de milieu de saison : Verseau (hiver), Taureau (printemps), Lion (été) et Scorpion (automne). Ce découpage quaternaire a survécu au mégalithisme, marquant les dates des grandes fêtes celtiques traditionnelles dans l’ouest de l’Europe. La répartition des mégalithes sur l’axe Tressé/Mont-Saint-Michel évoque donc un processus saisonnier cohérent, ou plus exactement, le symbolise. Mais place, maintenant, à la réalité astronomique et à l’observation…


2 •    Coucher de Soleil au Mont-Saint-Michel


mégalithes  Nous sommes le 1er novembre, au début du XXI° siècle. La Toussaint prend ici, au Mont-Saint-Michel, la dimension d’une spiritualité hors du commun. Il émane une magie particulière de la Merveille et de l’église abbatiale  au coucher du Soleil.  De la nef, les portes ouest étant ouvertes, on assiste aux derniers feux de l’astre diurne qui se couche ce jour-là exactement sur le Mont-Dol. Les fondations de l’église s’appuient sur le sanctuaire érigé au X° siècle, Notre-Dame-sous-Terre, qui a de ce fait strictement la même orientation vers le Mont-Dol. Il en était probablement de même du premier oratoire fondé par Aubert. Représentation du Roi Scorpion en Egypte (vers 3200 ans avant J.C.)Depuis la nuit des temps, les deux Monts se regardent, se font face et s’accouplent, unis par une magie solaire commune. Les druides ne pouvaient ignorer que, vu de ce lieu sacré, le Soleil se couche sur le Mont-Dol le jour du nouvel an celtique, le 1er novembre.Ce jour est nommé Samain et marque le début de la saison sombre. Le Soleil est alors dans le signe du Scorpion qui, dans le zodiaque, fait face au Taureau.La première occurrence d’une symbolique opposant la force vitale du Taureau au passage vers l’autre monde du Scorpion nous semble être la représentation du Roi Scorpion en Egypte (vers 3200 ans avant J.C.), lequel porte un vêtement orné d’une queue de Taureau et fait face à un Scorpion. Si l’opposition mort et renaissance est évidente, rien ne prouve cependant qu’on soit là en présence d’une allusion au zodiaque. Reste que les forces vives du printemps se manifestent lors du passage du Soleil dans le signe du Taureau. C’est le sens de la fête celtique Beltaine célébrée aux alentours du 1er mai, qui fait pendant au nouvel an, Samain, le 1er novembre. L’orientation de l’axe Mont-Dol/Mont-Saint-Michel, à 21° par rapport à l’est, permet d’observer le coucher du Soleil sur le Mont Dol le 1er Novembre (Curieuse facétie du  destin ou projet délibéré, la cathédrale de Dol, du XIII° siècle, a exactement la même orientation de 21° nord-est). C’est très précis : A Dol-de-Bretagne, le lever de Soleil le 1er novembre a un azimut de 111°21’ nord qui induit un angle de 21° par rapport à l’est, au lever comme au coucher. La veille, le 31 octobre (Halloween), le Soleil se couche en effet avec un azimut de 248°57’, ce qui induit une différence de seulement 3’ d’arc avec les 21° de notre axe.


On observe au Mont-Dol un lever de Soleil sur l'axe (21° Est-Nord-Est) lors du passage du Soleil dans le signe du Taureau (du 21 avril au 21 mai), exactement sur le Mont-Saint-Michel.mégalithes  Symétriquement, on va observer au Mont-Dol un lever de Soleil sur cet axe (21° Est-Nord-Est) lors du passage du Soleil dans le signe du Taureau (du 21 avril au 21 mai). L’alignement est exact le 25 avril. Ce jour-là, un observateur placé à l’est du plateau qui surmonte le Mont-Dol, à l’emplacement actuel de la tour de la Vierge, va voir se lever l’astre diurne exactement sur le Mont-Saint-Michel, dont nous rappelons qu’il est ici visible à l’œil nu. C’est là que se situait une chapelle dédiée à Mithra, dont l’autel taurobolique (sacrifice du Taureau) a été retrouvé. Rapporté à notre axe voué à l’opposition Taureau-Scorpion, ce détail prend tout son sens. Le 1er mai, jour de la fête celtique Beltaine qui marque le début de la saison claire, l’observateur placé au Mont-Dol va voir le Soleil se lever entre le Mont-Saint-Michel et Tombelaine (au nord du rocher voué à l’archange). Enfin, le 10 mai, le Soleil se lève sur Tombelaine, marquant la fin des festivités de Beltaine. Toujours en Taureau, le Soleil a franchi les deux tiers du signe. Là, nous avons découvert une confirmation de l’unité prise en compte dans le découpage en 6 de l’axe Tressé/Mont-Saint-Michel : symboliquement, nous avions associé au signe du Taureau le menhir de Saint-Marcan, aux 2/3 de la course, c'est-à-dire une distance de 21,05 km. Or, c’est exactement la valeur que nous mesurons entre la tour de la Vierge, au Mont-Dol, et le sommet de Tombelaine. La différence n’est pas mesurable sur nos cartes IGN. Le tableau suivant résume nos relevés, prenant aussi en compte les 5 unités entre le Mont-Saint-Michel et le menhir de la Butte, distance soulignée par notre ami et collaborateur Yvo Jacquier (—•> Pour en savoir plus...).


Mégalithes Une Unité = 5,262 km Valeur réelle Différence Dif/31,5 km
Mont Dol – Tombelaine ** 4 unités = 21,05 km 21,05 km 0 m _
Mt St Michel - La Butte 5 unités = 26,312 km 26,500 km 188 m 6 pour 1000
** La mesure est effectuée de la tour de la Vierge au sommet du Mont-Dol.


L’observateur placé au Mont-Dol va voir le Soleil se lever entre le Mont-Saint-Michel et Tombelaine (au nord du rocher voué à l’archange).

mégalithes   A ce stade, nous constatons déjà une étonnante survivance des observations faites au néolithique, de 5000 à 2000 avant Jésus-Christ. Lorsque les celtes arrivent en Bretagne, vers 500 avant J.C., ils perpétuent le découpage mégalithique avec les quatre fêtes principales de leur calendrier (Samain le 1er novembre, Imbolc le 1er février, Beltaine le 1er mai, Lugnasad le 1er août, ces dates étant nécessairement approximatives car les festivités durent une dizaine de jours). Aux premiers siècles après J.C., le culte de Mithra reprendra le sacrifice du Taureau (Beltaine), célébré ici sur un même axe de lever et coucher du Soleil. Et que dire de la Chandeleur, fête de purification le 2 février, ou de la Toussaint le 1er novembre ? Le système astrologique des signes fixes (Verseau, Taureau, Lion, Scorpion) semble à l’honneur depuis les civilisations à mégalithes, quel que soit le nom qu’on lui donne.


3 •    Un proto-zodiaque


mégalithes  L’axe symbolique Tressé/Mont-Saint-Michel, avec ses six étapes solaires, a pris au Mont-Dol une dimension tangible, observable. Qu’en est-il du Lion, lié au Lugnasad celtique, fête du dieu suprême ? L’examen des azimuts du soleil au lever va, là encore, nous fournir la réponse. Selon les années, le Soleil entre en Lion le 22 ou le 23 juillet, typiquement dans la nuit du 22 au 23  [Ref.1]. A Dol de Bretagne, le lever du Soleil le 23 juillet se fait avec un azimut de 57°55’ (référence : le Nord), soit à seulement 5’ d’arc près 32° par rapport à l’Est. Or, c’est très exactement l’orientation de l’axe Tressé/Mont-Saint-Michel. Nous avons là une belle confirmation de l’hypothèse d’un proto-zodiaque sur cet axe. Comment observer, sur le terrain, le lever du Soleil entrant en Lion ? Le menhir de Saint-Marcan nous donne la clé : placé à flanc de colline, ce mégalithe donne accès à une hauteur de laquelle un paysage grandiose se dévoile sur la baie. Le Mont-Saint-Michel est aisément identifiable, vers l’est… et le lever du Soleil, à l’aube du 23 juillet. Le Lion, signe solaire par excellence et symbole du Dieu suprême, trouve là son expression juste. Et la fête celtique de Lugnasad battra son plein jusqu’au 10 août.

mégalithes  Symétriquement et sur le même axe, on note la fête de purification Imbolc, liée au Verseau. Le Soleil entre en effet dans ce signe du zodiaque le 19 ou le 20 janvier, selon les années. Le 19, l’azimut du coucher de Soleil à Dol est de 239°, correspondant à notre axe (32°) à 1° près.

mégalithes  Après l’axe Taureau-Scorpion, nous découvrons l’opposition Lion-Verseau : le quaternaire celtique est au complet, aisément observable aux levers et couchers du Soleil. Reste le solstice d’été, référence incontournable. Nous retiendrons le rôle central joué par la fontaine de Carfantin, gardée par le Champ-Dolent au croisement des deux alignements… Avec un azimut de 38° par rapport à l’est, le lever de Soleil au solstice se fera précisément sur l’axe Carfantin-Tombelaine. Et là encore, on utilisera pour l’observer un relai, rigoureusement placé sur cette ligne : les falaises de Saint-Broladre, qui révèlent un horizon dégagé vers Tombelaine et la baie du Mont-Saint—Michel. Un lieu à la beauté envoutante qui clôt notre relevé des points d’observations solaires. Ainsi, le proto-zodiaque exprimé symboliquement sur l’axe Tressé/Mont-Saint-Michel, trouve sur le terrain une application concrète. L’observation des mouvements saisonniers est possible, ouvrant la voie, sans doute, à des pratiques rituelles dont nous ignorons aujourd’hui les détails.

 - Ref.1 : Dans cet article, le zodiaque est toujours tropique, c'est-à-dire saisonnier, commençant en Bélier au point vernal ou équinoxe de printemps. Ce zodiaque des signes est insensible au phénomène de précession des équinoxes, lequel concerne les constellations. Ainsi, au néolithique comme aujourd’hui, le jour le plus long est celui du solstice d’été : le Soleil entre alors dans le signe du Cancer. Le Soleil entre en Balance quand, à l’équinoxe, les durées du jour et de la nuit sont égales. Notre étude montre ainsi que le premier zodiaque est tropique et non sidéral : en d’autres termes, sa logique se fonde sur les saisons et non sur les étoiles.


4 •    Une géométrie sacrée ?


mégalithes  Les moyens mis en œuvre pour évoquer ou célébrer un zodiaque laissent rêveurs.  Pourquoi une telle débauche de technicité, de mesures, de tailles et de déplacements des pierres, alors que des repères simples, deux menhirs par exemple, suffisaient à rendre visibles le déroulement des phases saisonnières ?
A l’évidence, une subtile géométrie s’invite dans l’édifice mégalithique du Mont-Saint-Michel.

mégalithes  Qui nous dira pourquoi le mont de l’Archange et le menhir du Champ-Dolent, le plus haut du département et gardien de la fontaine sacrée, font avec l’Est un angle de 33,69° qui ne répond ici à aucune échéance saisonnière marquante ? Une orientation que les archéologues savent être celle, en autres, des célèbres alignements de Kermario à Carnac. On les dit orientés vers le solstice d’été… Oui, mais lequel ? Car cet angle, qui semble reporté d’un site à l’autre, est né d’un rectangle de 3 sur 2 (par exemple le tertre du Manio à Carnac), lequel indique bien le solstice… Mais au Portugal ou, plus précisément, en Galice, berceaux du mégalithisme atlantique ! Notre ami Yvo Jacquier, dont la géométrie sacrée nous semble être la langue maternelle, montre comment cette approche a pu fonctionner, de manière différente, en Egypte et jusqu’en Bretagne. —•> Son étude complète à merveille notre propos...


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Crédits texte et Photos © Christophe de Cène — Infographie © Yvo Jacquier — Tous droits réservés