Classée patrimoine mondial de l’UNESCO, la baie du Mont-Saint-Michel recèle des trésors : la nature, d’une rare beauté, est ici magnifiée par l’architecture de la célèbre abbaye. L’arrière-pays n’est pas en reste, servi notamment par un dispositif mégalithique exceptionnel, objet de la présente étude.

Chapitre I - Le patrimoine mégalithique du Mont-St-Michel
Si la Bretagne mégalithique est souvent associée aux incontournables alignements de Carnac, au tumulus de Gavrinis, au dolmen de la Roche-aux-Fées près de Rennes, la région du Mont-Saint-Michel se démarque par la diversité de ses monuments (menhirs, dolmens, cromlechs) et plus encore par leur implantation particulière.
1 • La région du Mont-Saint-Michel
Des cartes IGN au 25 000ème
Le nombre d’entités mégalithiques est ici limité, ce qui facilitera l’analyse de la structure d’ensemble. Un inventaire s’impose tout d’abord. Sur la carte IGN au 25000ème (Top 25 Dol-de-Bretagne) qui nous servira de référence tout au long de cette étude figurent les principaux mégalithes de la région :

Une allée couverte
( Ci-contre : la Maison des Feins, à Tressé) et quatre menhirs de grande taille ( ci-après le Champ Dolent près de Dol, la Pierre du Domaine en Plerguer, la Roche Longue à Saint-Marcan et La Butte près de Combourg). A cette liste s’ajoute le Cromlech (cercle de pierres levées) du Mont-Dol et les deux menhirs disparus au sommet du Mont-Saint-Michel. Faisons plus ample connaissance avec les protagonistes de notre histoire, car le légendaire qui accompagne ces pierres ne manque pas d’intérêt.
Le Champ Dolent
près de Dol-de-Bretagne |
La Pierre du Domaine
en Plerguer |
La Roche Longue
à Saint-Marcan |
La Butte
près de Combourg |
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Le Cromlech du Mont-Dol
sur le Mont-Dol |
Deux menhirs disparus
au Mont-Saint-Michel |
Plan d'ensemble
du dispositif mégalithique |

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Inventaire des éléments
—•> Patrimoine d'Ille-et-Villaine
2 • Les trois monts et leur Histoire
Au néolithique, les habitants de la baie ne peuvent que remarquer trois monts dont le caractère sacré ne s’est jamais démenti au fil du temps : le Mont Tombe, devenu le Mont-Saint-Michel ; son inséparable compagnon légendaire, Tombelaine, rocher situé au nord du précédent ; enfin, occupé dès le paléolithique, le Mont Dol à la mythologie systématiquement liée aux deux autres sites. Les trois monts sont implantés sur un sol n’excédant guère celui du niveau actuel de la mer. Ainsi, par temps clair et malgré la distance, les monts Dol et Saint-Michel sont réciproquement aisément repérables à l’œil nu.
Des mégalithes aujourd’hui disparus sont attestés jusqu’au huitième siècle (709, date du premier sanctuaire chrétien, fondé par l’évêque d’Avranches Aubert) au sommet du
Mont-Saint-Michel. Citons un ouvrage de référence de l’Historien Marc Déceneux,
« Le Mont-Saint-Michel, Histoire d’un Mythe », aux éditions Ouest-France, 1997 :
« Pour ce qui est du Mont-Saint-Michel même, la plupart des auteurs ont admis l’idée de l’existence d’un monument mégalithique près du sommet ; ils se sont pour cela basés sur le texte de la "revelatio" qui nous donne la plus ancienne version des événements survenus sur le rocher au début du VIIIe siècle. » (Lire pages 57 et suivantes). L’auteur émet l’hypothèse d’un monument mégalithique funéraire sur le mont Tombe. Quoiqu’il en soit, deux pierres levées sont attestées, ainsi qu’un espace circulaire. On retiendra l’empreinte de l’homme sur le rocher au néolithique. Et l’éminent historien de conclure :
« Tout se passe donc comme si le Mont-Saint-Michel, sinon une structure monumentale couronnant son sommet, se trouvait au centre de toute une géographie mégalithique couvrant une large frange du littoral normano-breton et de son arrière-pays. Cette hypothèse est d'autant plus plausible que des cas comparables existent : il s'agit alors d'ensembles groupés autour d'une éminence ou d'un monument spécialement remarquable. J'ai cité plus haut les trois menhirs organisés autour du Menez-Bré. Plus spectaculaire encore est le complexe monumental mis en place autour du grand menhir brisé de Locmariaquer (Morbihan) ; ce géant (20,30 mètres de long et 350 tonnes : record du monde absolu pour un mégalithe !) était entouré d'un réseau de monuments secondaires, disposés en alignement sur des distances de plus de vingt kilomètres, sur huit axes correspondant aux moments extrêmes de la déclinaison lunaire. Un système identique aurait existé autour du grand menhir du Manio à Carnac. Il n'y aurait donc rien d'étonnant à voir le centre d'un vaste système mégalithique dans le Mont-Saint-Michel et à l'imaginer sommé d'un monument de premier plan. »
La
revelatio décrit la fondation du premier sanctuaire chrétien sur le Mont : les apparitions de l’archange Michel décident l’évêque Aubert à construire le premier temple au lieu « foulé par les pieds d’un taureau ». Il suit en cela le modèle du Mont Gargano en Italie où Saint-Michel apparaît pour la première fois en occident en l’an 493, date après laquelle un rituel chrétien y remplace le culte de Mithra et les sacrifices du taureau. On verra plus loin l’importance de ces allusions au taureau, d’autant qu’un autel taurobolique, voué au sacrifice de l’animal, a été découvert au sommet du Mont-Dol où se pratiquait donc également le culte de Mithra aux premiers siècles après Jésus-Christ.
Ceci nous amène tout naturellement à évoquer le Mont Jovis, qui deviendra le Mont Dol et dont le légendaire est intimement lié à celui du Mont-Saint-Michel. L’archange et le Diable s’y affrontent dans d’épiques combats célestes. La présence de l’homme y est attestée dès le paléolithique, faisant de ce lieu le plus ancien territoire peuplé de la région. Là encore, le néolithique laissera son empreinte : un cromlech y est attesté, dont les traces demeurent, sur le flanc sud du mont, près du grand calvaire. Grand spécialiste de la Bretagne Mégalithique et auteur d’un monumental ouvrage portant ce nom (au Seuil),
Gwenc’hlan Le Scouëzec donne cette description (Guide de la Bretagne Mystérieuse, 1966, Tchou, p.395) :
« Au milieu d’affleurements rocheux, on reconnait les restes d’un ensemble, peut-être circulaire, de pierres levées. Le calage de certaines d’entre elles est encore en place. L’une d’elles, debout et de petite taille, a reçu le nom de mitre de saint Samson. Une source, dédiée elle aussi au premier évêque de Dol, complétait le lieu sacré.»
Evangélisé au VI° siècle par le gallois saint Samson, le Mont-Dol voit s’affronter les forces du bien et du mal. Une légende locale retient notre attention : furieux de voir le saint construire la cathédrale de Dol, le Diable lance un rocher sur l’ouvrage mais manque sa cible, qui endommage l’une des tours de l’édifice avant de se planter, au sud, près de la fontaine de Carfantin. La pierre est le menhir du Champ-Dolent.

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Crédits texte et Photos © Christophe de Cène — Infographie © Yvo Jacquier — Tous droits réservés